Retour sur la rencontre avec Eric Lejoindre

Vue sur Chapelle international depuis l'une des tours.

Dans le cadre de notre cycle de rencontres avec les élus du territoire, nous avons échangé le 3 juillet 2025 avec Éric Lejoindre, maire du 18ᵉ arrondissement de Paris. Cette réunion a permis d’aborder de nombreux sujets structurant l’avenir de Chapelle International et de ses abords, avec une priorité claire : faire exister un quartier complet, équilibré, à taille humaine.

🌇 Passer de l’urbain à l’humain
Chapelle International est le premier quartier parisien construit d’un seul tenant depuis les années 1990. D’autres opérations de ce type sont désormais programmées dans le nord-est de Paris, notamment à Charles-Hermite ou Hébert. Aujourd’hui, le site entre dans une nouvelle phase : pour le maire, il s’agit désormais de « faire passer l’urbain à l’humain », en reconnaissant le rôle essentiel des habitants dans l’animation, l’appropriation et l’évolution du quartier. Les usages ne cessent de s’inventer ou de se transformer, au fil des installations et des dynamiques de proximité.

Malgré les transformations spectaculaires déjà engagées — requalification de la rue de la Chapelle, ouverture de l’Arena, arrivée prochaine de l’université et développement de Chapelle International — la Porte de la Chapelle demeure marquée par une image dégradée, héritée de son passé.

De nouvelles étapes importantes sont attendues. Parmi elles : l’installation des statues des femmes illustres présentées lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Ce projet fera de la Porte de la Chapelle la première rue d’Europe présentant uniquement une statuaire féminine. L’arrivée des étudiants en janvier 2026 devrait également contribuer à faire évoluer les usages du quartier. À plus large échelle, d’autres aménagements à venir dans le nord du 18ᵉ viendront renforcer cette dynamique de changement d’image, en accompagnant la mutation d’un territoire longtemps perçu comme périphérique.

🔒 Sécurité, jeunesse, cohésion sociale
Ces dernières semaines, plusieurs incivilités ont été signalées, notamment des dégradations d’espaces publics (arrachage de branches, ouverture de bornes incendie…) imputées à des groupes de jeunes en errance. Ce phénomène, bien identifié, revêt un caractère saisonnier, survenant entre la fin des cours et le démarrage effectif des activités estivales.

Le maire plaide pour une approche combinant accompagnement éducatif, accès renforcé aux loisirs et meilleure visibilité des dispositifs municipaux existants. Les habitants peuvent prévenir les services de la mairie afin d’orienter des médiateurs aux moments et aux lieux concernés.

Plus largement, les participants ont souligné les progrès importants accomplis en matière de tranquillité publique à la Porte de la Chapelle au cours de ces 5 dernières années. Un retour en arrière est unanimement jugé inenvisageable, tant pour la Mairie que pour les services de l’État.

S’agissant des usagers de drogues, la réponse à cette problématique complexe repose sur une approche à trois volets complémentaires :

  1. Une lutte résolue contre l’accès aux produits ;
  2. Une politique sociale et sanitaire renforcée, pour accompagner les publics concernés ;
  3. Une réflexion urbaine visant à limiter la création de zones isolées, propices aux usages à risque.

🏪 Commerces, santé, services de proximité : des besoins encore à combler

Le modèle initial associant logement et local commercial en pied d’immeuble peine à produire les effets escomptés. Dans les faits, les pratiques actuelles tendent à dissocier ces deux fonctions, afin de faciliter la commercialisation des locaux vacants et d’offrir davantage de souplesse aux futurs occupants. La RIVP, gestionnaire de ces locaux, mène également des réflexions sur la reconfiguration des espaces intérieurs, pour les rendre plus adaptés à des usages commerciaux diversifiés.

En matière de santé, le constat est jugé préoccupant : l’offre médicale demeure insuffisante à l’échelle du 18ᵉ arrondissement. Une étude est actuellement engagée en vue de l’implantation d’un centre de santé à Charles-Hermite, afin de renforcer les services de proximité pour les habitants.

Les bureaux situés le long du tramway, quant à eux, restent largement inoccupés. Les propriétaires conditionnent leur mise en location à la présence d’un locataire majoritaire, freinant ainsi leur activation.

Enfin, plusieurs besoins ont été directement remontés par les habitant·es lors de la rencontre :

  • l’absence de moyenne surface alimentaire,
  • l’absence d’un vétérinaire de quartier, 
  • l’absence d’une laverie et plus largement de commerces bénéficiant plus directement aux habitantes et habitants.

🚮 Propreté, espace public, urgence sociale
L’amélioration de la propreté de l’espace public reste une priorité exprimée tant par les habitants que par la ville de Paris. Si la Ville peut prévoir éventuellement l’installation de nouvelles corbeilles dans le quartier, ces équipements ne peuvent suffire à eux seuls.

Une démarche plus globale de sensibilisation est nécessaire pour ancrer les bons réflexes citoyens.

Par ailleurs, les habitantes et habitants sont invités à s’approprier les outils numériques existants, en particulier l’application « Dans ma rue », qui permet de signaler facilement toute anomalie sur l’espace public (déchets, dégradations, dépôts sauvages…). Mieux faire connaître cette application et rendre son usage plus systématique pourrait renforcer l’efficacité des interventions municipales.

🚲 Mobilités et nuisances sonores

Les habitant·es ont exprimé leurs inquiétudes concernant la rue Pierre Mauroy, régulièrement utilisée comme voie de délestage lorsque la rue de la Chapelle est saturée. Certains automobilistes y circulent à vitesse excessive, créant une situation potentiellement dangereuse, notamment pour les enfants qui jouent à proximité et plus largement pour l’ensemble des piétons.

En réponse à ces signalements, une réflexion est engagée sur la piétonnisation de la rue, avec l’hypothèse de sa transformation en « Rue aux écoles », afin de sécuriser les abords et de redonner une place centrale aux usages piétons et familiaux.

D’autres nuisances liées à la circulation ont été évoquées, en particulier :

  • le stationnement dans les carrefours, qui complique la fluidité : la Ville envisage de s’inspirer du dispositif des « Yellow Box » britanniques et de renforcer la verbalisation.
  • les sirènes et klaxons intempestifs, notamment de nuit : un rappel régulier de la réglementation est effectué par les services municipaux.

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